Le Vietnam, terre de traditions. Et son peuple, issu des lignées de dragons et de fées. Vous, voyageurs, explorateurs ou juste simples curieux, laissez vous conter les légendes et l'histoire de mon pays.
1 Mars 2013
La feuille de bétel et le noix d'arec sont consommés, accompagnés de la chaux, sous forme de chique au Vietnam et dans d'autres pays asiatique. Chez nous, on a un proverbe qui dit que: "une chique de bétel ouvre la conversation". Et effectivement, dans la vieille coutume vietnamienne, les visiteurs sont toujours accueillis avec du thé et un plateau remplis de feuilles de bétel, du noix d'arec et tous les matériaux nécessaires pour rouler une chique. :)
Aujourd'hui, les hôtes qui acceuillent leurs visiteurs avec du bétel et des noix d'arec se font rares car il y a de moins en moins de monde qui en consomme et il est difficile pour la jeune génération de s'y habituer. On en trouve seulement dans certaines familles où il y a encore un aïeu qui en consomme. Par contre, ce sont les offrandes incontournables lors d'un mariage vietnamien. Pendant toute ma courte vie, je n'ai encore jamais vu un mariage sans le plateau de feuilles de bétel et des noix d'arec.
D'où vient donc cette coutume? Eh bien, en voici le conte qui nous explique cette tradition et ces coutumes. :)
Conte du bétel et des noix d'arec
Il était une fois, dans une famille qui se nomait Cao, il y eut 2 frères, d'un an d'âge différent mais ils se ressemblèrent comme deux goutes d'eau, tellement que les gens du village ne surent distinguer l'aîné du cadet. L'année de leur 17ème et 18ème anniversaire, leur parents moururent. Les deux frères, qui s'aimaient déjà beaucoup, devant la douleur, fut plus inséparables que jamais.
Sans père pour les éduquer, les deux frères allèrent demander à un maître, du nom de Lưu, de leur donner des cours. Ils furent assidus dans leur étude et d'une vertu sans faille, ce qui fit que le maître les considéra comme ses fils. Maître Lưu eut une fille, de 16 ou 17 ans, fort jolie, dans toute la région, il n'y eut personne pour rivaliser avec sa beauté.
En voyant les frères Cao aussi beaux que gentils, la fille tomba amoureuse et souhaita demander à l'aîné de devenir son mari, sauf qu'elle ne sut pas qui fut n'aîné et qui fut le cadet.
Un jour, profitant de la préparation du bouillon de riz, elle invita les deux frères à en manger, mais leur donna seulement un bol et une paire de baguette. Le cadet, par respect, laissa manger son frère d'abord, et grâce à cela, la fille devina qui fut l'aîné. Après quoi, elle demanda à ses parents la permission d'épouser l'aîné. Ce que ses parents lui accordèrent.
Depuis le mariage, le lien entre les deux frères ne fut plus aussi solide qu'avant. Le cadet fut très triste, mais l'aîné ne le vit pas et n'y fit pas attention.
Un jours, les deux frères partirent ensemble travailler au champs, et ne rentrèrent qu'à la nuit tombée, le cadet entra le premier dans la maison; il vint juste de passer le seuil de la porte que sa belle soeur, sortant de la chambre et pensant qu'il fut son mari, lui prit dans ses bras. Le cadet, gêné, poussa un cri, la fille et le cadet eurent honte. Pendant le même temps, l'aîné entra dans la maison à son tour, vit la scène, pensa que son frère eut des sentiments pour sa femme. Il devint encore plus froid envers son frère.
Un après midi, son frère et sa belle-soeur ne furent pas à la maison, le cadet s'assit seul sur le seuil de la porte, contempla la forêt au loins, et eut encore plus de chagrin dans l'âme, alors il décida de partir.
Il marcha, marcha jusqu'à l'orée de la forêt, puis suivit un petit chemin et s'enfonça dans la forêt sombre. Il commença à faire nuit, la lune sorta de sa robe noir, et le cadet continua sa marche. Arriva à un large cours d'eau, où l'eau fut bleu et profonde, il ne put traverser, alors il décida donc de se reposer sur la berge pour reprendre les forces. Là, toujours pesé par le chagrin, il poussa un sanglot et pleura, le courant insensible, continue son chant et masqua ses sanglots. Il fit de plus en plus noir, la rosée tomba de plus en plus, cette rosée glaciale traversa sa peau, ses muscles, et le cadet mourut, assit à côté de la berge, entouré du linceuil glacial de rosée et du chant bruyant du cours d'eau, sous sa lumière, la lune le vit se transformer en un bloc de pierre.
A son retour, l'aîné ne vit plus son frère, il partit à sa recherche en silence, sans prévenir sa femme. Il suiva la petite piste et s'enfonça dans la forêt, et il marcha, il marcha, jusqu'au fleuve bleu à forts courants qui coulèrent sous le clair de lune, sans pouvoir traverser, il s'assit à son tour sur la berge, s'appuya à un bloc de pierre, sans se rendre compte que c'est son propre frère! La rosée continua à tomber, glacial, goute par goute. Il pensa à son frère, pleura et cria son nom jusqu'à l'évanouissement, et il mourut à son tour, sous le regard de la lune, il se transforma en un arbre sans branche, poussé droite à côté de la pierre.
A la maison, la femme ne vit plus son mari, se metta à sa recherche, et entra à son tour dans la forêt. Elle marcha, tomba, se releva, et continua sa marche, pour arriver enfin au fleuve bleu. Sans pouvoir traverser, elle s'assit donc à côté d'une arbre droite, sur la berge et se lamenta. Elle s'en voulut de sa bêtise, elle regretta le lien d'amour fraternel qu'elle eut brisé. Elle sanglota, mais le chant du fleuve fut plus fort que ses sanglots. La nuit laissa petit à petit place au jour, la rosée devint brouillard, tomba en couches épaisses, enveloppa forêt et montagne, elle pleura toujours. Seulement en quelques heures, elle devint l'ombre d'elle même, maigre et émaciée, avec les pleures, son corps tout entier s'allonga pour finalement se transformer en une plante rampante, entoura étroitement l'arbre sans branche à côté du bloc de pierre.
L'histoire arriva à l'ouï des gens du village, tous éprouvèrent de la compassion pour cette famille. Un jours, le roi Hùng Vương passa par là, les villageois lui racontèrent cette histoire, il alla à la berge pour voir de ses propres yeux les plantes et la pierre. Après un moment de réflexion, il ordonna aux villageois de prendre les feuilles de la plante rampante et les fruits de l'arbre, puis les écraser ensemble. L'odeur qui émana du mélange eut un goût un peu piquant et acre, il gouta et le trouva savoureux, puis il cracha l'eau du mélange sur la pierre et vit que cette eau se colora en rouge. Les villageois appellèrent alors l'arbre sans branche cây cau (arbre de noix d'arec), la plante rampante cây trầu (plante de bétel), et ils prirent des morceaux de la pierre à la maison, l'enfourna jusqu'à ce qu'ils devinrent porreux et mousseux (la chaux) et les consommèrent avec du bétel et des noix d'arec pour se parfumer l'haleine et colorer leur lèvres.
L'amour de ses trois là, les uns pour les autres, fut tendre, profond et dure même après la mort. Cette histoire et ces nourritures sont teintées de sentiments doux et sincères, donc consommer de la chique de bétel est devenu une tradition et une coutume du peuple vietnamien.
Voilà l'histoire d'une coutume de mon peuple, je vous mets quelques photos des différentes présentations de ce "plat". J'ai essayé de le macher une fois mais je n'ai pas du tout aimé. :) J'étais surement trop jeune, ou comme on dit, je n'ai pas encore le niveau pour déguster cela. :) Dans tous les cas, même si le plateau de chique de bétel disparaît petit à petit de la table d'accueil des vietnamiens, je suis sûre qu'il sera toujours présente dans les mariages comme offrande, témoin de l'amour tendre d'un mari à sa femme et son amour fraternel pour sa belle-famille.
Petites notes scientifiques maintenant: La plante de bétel est originaire de Malaisie, ses feuilles sont utilisées comme stimulant, antiseptique, et pour rafraîchir l'haleine. Elles sont également utilisées en infusion, pour traiter l'indigestion, comme onguent, ou en inhalation contre les maux de tête, comme traitement contre la constipation, comme décongestionnant, et comme aide à la lactation.
Les principes actifs contenus dans le noix d'arec appartiennent à la famille des alcaloïdes dont les plus importants sont l'arécaïne et l'arécoline qui sont comparables à la nicotine pour leurs effets stimulants, coupe-faim (car l'alcaloïde arécoline favorise la salivation) et légèrement grisants sur le cerveau. La poudre de noix d'arec entre dans la composition des cachous et de dentifrices « traditionnels » car on lui attribue la qualité de prévenir l'apparition des caries et de traiter les problèmes d'haleine fétide. Elle peut aussi servir de vermifuge sous forme de comprimés ou d'infusion (c'est un des usages médicinaux traditionnels de la noix d'Arec en Inde). Il peut entrainer une dépendance au même titre du tabac si consommé régulièrement.