Le Vietnam, terre de traditions. Et son peuple, issu des lignées de dragons et de fées. Vous, voyageurs, explorateurs ou juste simples curieux, laissez vous conter les légendes et l'histoire de mon pays.
7 Mars 2013
Bonjour à tous,
Cette semaine, pas de myth, ni de conte, ni même de recettes, désolée. :) Mais au lieu de cela, je régalerai vos yeux et votre esprit avec un article sur l'historique de la tenue traditionnelle de mon pays, le Áo Dài. C'est un exercice risqué car les documents historiques concernant l'apparition de cette tenue sont assez rares, et certains d'entre eux sont contradictoires... Mais après mes recherches, je vous exposerai l'hypothèse qui revient le plus souvent et qui met le plus de monde d'accord.
Alors, que dire sur cette tenue pour commencer, sinon sa douceur qui a fait travailler, qui fait travailler et qui fera encore travailler les plumes de toutes les génération de poètes et d'écrivains vietnamiens? C'est une tenue qui allie la pudeur et la sensualité et qui met magnifiquement en valeur cette beauté discrète et douce des vietnamiennes. :)
Chez moi, le Áo Dài est porté pour des occasions importantes, et il est l'uniforme de nos lycéennes (de couleur blanc - cf. Photo en haut à gauche). Quand j'étais au lycée, j’aimais bien les porter, malgré la chaleur et l'inconfort que la tenue impose pour les gestes amples et les actions trop physiques. C'est toujours un vrai plaisir car on se sent douce, jolie et femme avec cette tenue.
Trêve de bavardage, voici l'origine de cette tenue que je m'efforcerai de vous expliquer au mieux.
D'après les documents historiques, le style vestimentaire vietnamien est fortement influencé par le style chinois jusqu'au début du XVIe siècle. Mais dans la lutte contre l'invasion chinois et avec la volonté de distinguer la culture vietnamienne et celle de la Chine, le chef de guerre du Sud de l'époque, le seigneur Nguyễn Phúc Khoát, (à cette époque, le Vietnam était sous le règne de deux dynasties de chefs de guerre différents, l'un régnait au Sud, l'autre, au Nord), a donné l'ordre de changer le style vestimentaire des vietnamiens. Au lieu de suivre la mode chinoise, les vietnamiens créèrent eux même la mode, certes, avec quelques influences chinoises, mais les gens ne se vêtirent plus avec les habits venant de l'empire du milieu. Les efforts de nationalisation de la mode du seigneur Nguyễn Phúc Khoát donna, pour résultat, un habit de femme avec 4 longs pans que l'on porta au dessus d'un corsage souple et une longue jupe. Le tout, ceinturé avec les longues ceintures en tissus coloré (Áo tứ thân ou tenue à 4 pans).
Puis, pour les femmes qui travaillèrent au champs ou sur les marchés, cette tenue fut simplifiée, la jupe est plus courte, au dessus de la cheville, et les deux pans de devant sont parfois noués avec la ceinture pour avoir les mouvements plus libres.
Avec le contexte historique vietnamien du début du XVIIe siècle, cette tenue est très influencée par les idéologies féodales de l'époque. Ces idéologies s'exprimèrent avec l'amplitude de la tenue, les couleurs simples (marron, noir, gris, bleu pâle, etc.), les décorations ou broderies inexistantes. De plus, cette tenue est le symbole du rôle inférieur de la femme dans la société de l'époque. Elle fut utilisée largement par les vietnamiennes, spécialement dans les zones rurales du Nord jusqu'au début des années 1930.
Entre le XVIIe et le XIXe siècle, le Áo Dài tel qu'on le connait maintenant commença à faire son apparition chez les nobles et la classe bourgeoise. En effet, on cousit les deux pans de devant ensemble, pareil pour les deux de derrière et on ajoute un petit pan au milieu et on appela cette tenue: áo dài 5 pans. Elle est le symbole des 5 éléments: Or, Bois, Eau, Feux et Terre. A cette époque, la tenue est toujours ample.
Avec l'arrivé de l'armée française (1884 jusqu'au 1945: colonisation française), la tenue fut évoluée avec les goûts francisés des vietnamiens. Le Áo dài 5 pans fut démocratisés et le 5e pan fut abandonné (il ne resta plus que deux larges pans, un devant et un derrière), il est devenu une tenue qui met en valeur la beauté des femmes vietnamiennes, ce qui marqua une évolution du rôle de la femme dans la société, elle ne fut plus considéré comme inférieure aux hommes, mais n'eurent pas encore tous les mêmes droits. Cela marqua le début du mouvement de la femme vietnamienne pour l'égalité homme-femme. Dans ce contexte, un peintre/styliste du nom de Cát Tường lança la mode des Áo Dài Le Mur en 1930. Cet Áo Dài fut très influencé par la mode française: les manches sont amples et bombées, le col aussi, fut bombé ou alors sans col haut. Mais quelques années après la parution de cette mode, il y eut beaucoup de critique, alors, en 1934, un autre peintre/styliste, Lê Phổ, lança une autre mode en revenant aux sources. Le Áo Dài reprit la forme du Áo Dài 5 pans, abordé plus haut, et épousa parfaitement la forme de la femme qui le porte, il n'y a plus que deux très larges pans qui voletèrent au vent suivant les mouvements de la femme. Ce nouveau style fut accueillit chaleureusement par les vietnamiens, et sans le savoir, Lê Phổ a mit une base solide pour la forme de Áo Dài. A partir de là, malgré toutes les évolutions et les fantaisies des stylistes ou peintres des générations suivantes, le Áo Dài garde toujours la forme de base de Lê Phổ.
Puis, les techniques de la couture évoluèrent, la technique nouvelle et désormais indispensable pour avoir un beau Áo Dài fut la technique raglan, venu de France. Cette technique permet d'avoir une tenue qui épouse parfaitement le corps de celle qui le porte et d'éviter les plis au niveau des bras.
Pendant les années 60s, avec l'utilisation régulière du soutien-gorge, les Áo Dài devinrent encore plus étroit au niveau de la taille pour mettre en avance la poitrine, les pans sont beaucoup plus longs, ils touchèrent même la cheville. Pendant cette période, pour donner l'impression d'avoir un cou joli et long, la styliste Trần Lệ Xuân créa le Áo Dài col bateau, de là, beaucoup d'autres couturiers abandonnèrent le col haut pour faire différentes formes de col lassant voir le cou, parfois même les épaules. Et pendant cette même période d'exaltation artistique, social et économique (dans les grandes villes!), le Áo Dài fut décoré avec la peinture et la broderie. Cette période marque l'apparition des Áo Dài de mode et permet, à partir de là d'autres évolutions et fantaisies sur cette tenue.
De nos jours, on trouve différents styles et modèles de Áo Dài même si la base reste toujours la base de Áo Dài Lê Phổ. Les matières pour fabriquer cette tenue sont beaucoup plus variées (avant, c'est souvent du coton, voile de coton ou de la soie sauvage), mais la soie reste le premier choix des couturiers et stylistes. Il est porté par les lycéennes, par les réceptionnistes, les hôtesses de l'air, dans certaines entreprises, lors des mariages, des grandes réceptions, etc.
Sources: http://guideofvietnam.blogspot.fr/2011/11/lich-su-ao-dai-viet-nam.html
http://www.hoiquandisan.com/showthread.php?325-L%E1%BB%8Bch-s%E1%BB%AD-ph%C3%A1t-tri%E1%BB%83n-c%E1%BB%A7a-%C3%A1o-d%C3%A0i-Vi%E1%BB%87t-Nam