Le Vietnam, terre de traditions. Et son peuple, issu des lignées de dragons et de fées. Vous, voyageurs, explorateurs ou juste simples curieux, laissez vous conter les légendes et l'histoire de mon pays.
18 Avril 2013
Bonjour à tous,
Encore un gros morceau cette semaine car je désire vous parler de l'histoire de la langue vietnamienne, sa création, ses influences, ses mutations de façon synthétisée. L’affaire n'a pas été simple car le vietnamien est une langue qui a subit beaucoup de mutation et d'influence, d'autant plus que les historiens butent encore sur l'origine de certaines formes de langages à une certaines périodes. Je vous expliquerai ici l'évolution de la langue au cours de l'histoire, le pourquoi du comment sans rentrer dans les détails du domaine linguistique car ce serait très long, compliqué, et cette démarche ne serait utile que pour les personnes qui souhaite l'apprendre. :)
J'ai décidé de faire un article là dessus, car depuis que je suis en France, nombreux sont les personnes qui me demandent quelle écriture ou système de langage utilisent les vietnamiens. Quasi tout le monde, de par la situation géographique de mon pays, pense qu'on utilise le système des idéogrammes et peu sont les personnes qui sont au courant que le Vietnam, depuis plusieurs siècles, a adopté le système alphabétique latin. Alors, voici l'histoire du langage de mon pays.
Selon certains historiens, les premières formes d'écriture et de langage ont apparus au Vietnam il y a 3000 ans. A l'époque de la constitution du Vietnam (le pays s'appelait Âu Lạc au début), le territoire vietnamien se résumait à la partie géographique du Nord du Vietnam actuelle, et la langue utilisée à l'époque est formées par les sons utilisés par ses habitants, l'écriture avait la forme de têtards (cf. 1ère photo en bas).
En 111 après J.C, c'était l'invasion chinoise sur le territoire du Vietnam et de là débute les 1000 ans de supériorité chinoise, le Vietnam fut annexé à la Chine et le peuple vietnamien fut obligé d'apprendre et d'utiliser le chinois (système sinogramme) que les vietnamiens appelèrent "Hán", sans parler d'autres influences culturelles et sociales.
Au Xe siècle, après avoir repoussé l'armée chinoise et disputé l'indépendance du pays, le pays fut appelé Đại Việt (le grand Viet) et le système de sinogramme (Hán) continua à être utilisé au Vietnam par les intellectuelles et les commerçants car premièrement, le Vietnam commerce principalement avec la Chine, et deuxièmement, tous les intellectuelles, les officiers qui servaient le roi ont été instruit avec les documents écrits avec cette langage là. Et à l'époque, l'accès à l'éducation et à l'écriture n'est réservé à un très petit nombre de personnes: soit les riches, soit les chanceux qui ont l'appui de leur parents pauvres. D'ailleurs, pour entrer en service du roi (et donc l'espoir de sortir de la pauvreté de beaucoup de monde), il y a 2 concours: celui d'homme de lettre et celui d'homme d'arme. Ceux qui manient bien l'épée et les arts martiaux pouvaient entrer en service du roi en passant ce concours, mais ils y risquent leur vie dans des guerres. Et ceux qui maîtrisent bien l'écriture et l'art des mots passent le concours littéraires, ce qui leur ouvre des portes pour des postes comme conseillers, précepteurs, comptables, maires, ou ambassadeurs, etc. Et ces concours se faisaient en Hán.
Or malgré tous les côtés pratiques du Hán, il y a des choses en vietnamiens que le langage Hán ne peuvent pas exprimer car ce système reste un système étranger aux mœurs et usages des vietnamiens. Pour citer un exemple tout simple, il n'y a pas de mots en langage Hán pour dire/écrire les prénoms vietnamiens ou pour appeler certains animaux ou végétaux que les vietnamiens ont donné un nom différent au nom donné par les chinois phonétiquement. Donc, l'apparition de certains mots qui échappent à l'écriture du sinogramme comment à envahir certains documents officiels depuis cette époque, et à la fin du Xè siècle, un autre système d'idéogramme vit le jour.
Ce système, appelé "Nôm", ressemble un peu au système des sinogramme mais n'eut rien en commun avec ce dernier car moins compliqué, l'écriture est différente et c'est la même chose pour la prononciation. Les vietnamiens pouvaient alors s'exprimer mieux. Leurs sentiments, leurs mœurs sont mieux traduits sur les documents du fait de la création d'une nouvelle langage et d'un nouveau système d'écriture qui leur sont propre, sans subir des restrictions d'une écriture étrangère. Il a été développé, au départ, par les intellectuelles provinciales pour mieux communiquer leurs œuvres (romans, poèmes, nouvelles, etc.) aux petits peuples, ceux-ci ont moins de difficulté à apprendre le Nôm que le Hán. Puis, très rapidement, les patriotes ont trouvé là un moyen de nationaliser et créer une écriture et une langage propre au pays. Il fut donc développé et utilisé parallèlement avec le Hán.
Le Nôm fut perfectionné entre le XIè et XIVè siècle, et compte plus de 10.000 idéogrammes. On trouve certains œuvres littéraires écrit entièrement en Nôm ainsi que certains documents officiels. Puis, à partir du XVIIIè siècle, commença une apogée pour le Nôm, il est utilisé partout, dans tous les documents, l'administration vietnamienne abandonna petit à petit le Hán pour adopter le Nôm et tout le monde l'utilisa. En 1789, les concours littéraires pour accéder aux services du roi commença à être organisés en Nôm. La création du Nôm fut le premier tournant important dans l'histoire du langage vietnamien car c'est un système d'écriture qui a été crée à partir des besoins intellectuels, sentimentaux et sociaux des vietnamiens dans un pays qui se construit et qui souhaite se distinguer des autres devant le monde. Aujourd'hui encore, selon certaines personnes, les vietnamiens qui connaissent et utilisent encore le Nôm sont ceux qui sont les plus vietnamiens de tous.
Un deuxième tournant important dans l'histoire du langage et l'écriture vietnamien, c'est l'apparition de l'alphabet ou "Chữ Quốc Ngữ". Il n'est pas parti d'un besoin du peuple vietnamien mais c'est un changement important qui permet au plus nombreux à accéder à la connaissance car extrêmement simplifié et donc beaucoup plus facile à apprendre que le Hán ou le Nôm. Et c'est la forme qui a perduré pour devenir le vietnamien moderne, utilisé actuellement au Vietnam.
Les ébauches de Chữ Quốc Ngữ faisaient ses apparitions avec l'arrivé des missionnaires catholiques européens sur le territoire du Vietnam au XVIIe siècle. Le système est le résultat commun des prêtres portugais, espagnol et français (Gaspar de Amaral, Antoine de Barbosa, Alexandre de Rhodes). Dans les premiers temps, pour faciliter l'apprentissage religieuse, ces missionnaires ont transcrit le Nôm en caractère latin phonétiquement, et constituer les mots grâce à ce travail. Mais celui qui a contribué le plus à l'élaboration de Chữ Quốc Ngữ fut le français Alexandre de Rhodes avec l'édition de son dictionnaire "Dictionarium annamiticum, lusitanum et latinum" (Dictionnaire An Nam (ancien nom du Vietnam) - portugais et latin - cf. 2ème photo en bas) en 1651. Avec ce dictionnaire, il donna les bases de l'écriture du vietnamien à travers l'alphabet latin. Son but était d'aider les missionnaires à parler correctement le vietnamien afin de pouvoir communiquer et convertir le plus de vietnamien possible au catholicisme.
Malheureusement, cet outil fut devenu une arme redoutable du gouvernement français pour la colonisation du Vietnam à partir du XIXè siècle. Selon le colonel Jules Roux, c'est un outil efficace pour répandre la culture française dans la société vietnamienne. Avec l'arrivée des français fin XIXe et début XXe siècle, le Vietnam, devenant une colonie française, utilisant de plus en plus Chữ Quốc Ngữ au lieu du Nôm et au début du XXè siècle, le gouvernement français supprima les concours organisés en Nôm (1915 au Nord et 1919 dans les régions du milieu). A partir du 1908, Chữ Quốc Ngữ deviens le langage officiel du Vietnam au lieu du Nôm. Il continua à se développer et à être perfectionné au cours du temps pour devenir stable et prend la forme telle qu'on le connait actuellement (l'alphabet en haut à gauche).
Le Nôm devient petit à petit obsolète et n'est plus qu'une vague souvenirs affichés sur les murs des maisons au moment des fêtes de nouvel an pour avoir la chance. Il n'est plus pratiqué que par les vieux intellectuels, qui vendent leurs calligraphies pour quelques sous aux passants...
Et pour finir, je me permet d'utiliser quelques vers d'un triste poète de mon pays:
Giấy đỏ buồn không thắm
Mực đọng trong nghiên sầu...
Ông đồ* vẫn ngồi đấy
Qua đường không ai hay
Lá vàng rơi trên giấy
Ngoài giời mưa bụi bay …
Những người muôn năm cũ
Hồn ở đâu bây giờ ?
Traduction:
Les tristes feuilles rouges sans éclat
Les dépôts d'encre triste dans l'étude...
Le vieux maître est encore assit là
Invisible aux yeux des passants
Les feuilles mortes tombent sur les feuilles écarlates
Il pleuvine dehors...
Les gens des vielles années
Où sont passé leur âme?
*Ông đồ: vieux maître/professeur de province.